enchères

Plateformes à enchères inversées : les taux reflètent ils le niveau du risque ?

On pourrait débattre des heures sur ce sujet passionnant. 

Il faudrait d'abord savoir qui détermine le taux. 

Dans un marché standard, le prix (ici le taux d'intérêt) résulte du rapport de force entre l'offre et la demande.

La demande : cela serait ici les entreprises.

L'offre : cela serait ici les prêteurs.

Si l'offre en l'occurence les propositions des prêteurs sont nombreuses, le taux d'intérêt va donc beaucoup baisser.

Si l'offre est peu nombreuse (peu de prêteurs intéressés), le taux d'intérêt va rester élevé.

En gros, plus le projet fait de succès, plus les taux sont bas.

Si on prend comme hypothèse que les prêteurs ont raison et qu'il y a une certaine "intelligence collective", les projets avec les taux les plus bas seraient donc nettement moins risqués que les autres.

Que constate t-on ? En effet, à l'heure actuelle, tous les incidents entraînant une perte de capital concernent des prêts d'un taux supérieur ou égal à 8 % alors que le taux moyen du crowdlending est de...7.5 %. Frappant non ? Donc la théorie économique selon laquelle les risques sont élastiques au taux se vérifie ici.

Tout le monde en est-il convaincu ?

Je remarque que certains d'entre vous ont des doutes notamment quand ils voient certains taux (de projets qu'ils jugent assez risqués) descendre sous 6 %.

Ont-ils raison ?

Oui je pense. Parce que jusque là l'analyse n'est pas complète. Nous avons évoqué que ce qui détermine le niveau du taux d'intérêt, c'est la confrontation entre l'offre et la demande. Mais il manque d'autres paramètres : le montant, la durée, le délai de mise aux enchères et la capacité d'atraction de la plateforme (côté prêteurs et emprunteurs).

Le montant ? Oui, car un projet avec un faible montant verra mécaniquement son taux descendre plus rapidement à risque égal qu'un projet d'un grand montant.

La durée du prêt ? Il y a davantage de prêteurs qui souhaitent prêter sur des périodes courtes, et les prêteurs sont moins exigents en terme de taux de rémunération que s'ils prêtent sur 4 ou 5 ans (les placements courts terme rapportent moins que les placements long termes et les risques sont plus faibles sur des périodes très courtes. Par conséquent, un projet avec une durée de 24 mois et moins verra mécaniquement son taux descendre plus rapidement à risque égal qu'un projet avec une plus grande durée.

Le délai de mise aux enchères : plus cette période est longue, plus il y aura d'offres de prêt, et plus les taux baisseront.

La capacité d'attraction de la plateforme côté prêteurs : on le voit bien, sur unilend il y a plus de prêteurs que sur l'ancienne plateforme Finsquare, ce qui fait qu'à caractéristiques de prêt identique, les taux seront plus bas chez Unilend que chez Finsquare. 

La capacité d'attraction de la plateforme côté emprunteurs : il faut parler plutôt d'emprunteurs de bonne qualité. Les relations sont les suivantes : une plateforme qui communique bien (donc il faut un budget marketing assez important) va davantage attirer d'emprunteurs de toutes sortes mais aussi d'emprunteurs de qualité. Mais aussi une plateforme qui propose des conditions intéressantes (c'est à dire taux faibles, frais de dossiers faibles...) va aussi mécaniquement attirer plus de bons dossiers à terme. Cet élément (capacité d'attraction de la plateforme côté emprunteurs) est un élément central dans les décisions stratégiques des plateformes. Elles mettent actuellement le paquet là dessus.

En conclusion : oui dans l'ensemble, le risque est sensible au taux (statistiquement c'est imparable) l'intelligence collective existe bien mais il peut avoir des biais (montant, durée du prêt et des enchères, capacité d'attraction de la plateforme côté prêteurs et emprunteurs) qui fragilisent cette corrélation. Reste à déterminer le poids de chaque biais que je vais tenter de mesurer dans les prochaines semaines et prochains mois.